BLOG DES RECRUTEURS

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#PORTRAITDERECRUTEUR :
Sybille – Etre face à soi-même

A 50 ans, Sybille a rejoint Cause à Effet. Comme beaucoup, elle ne pensait faire qu’une mission de 5 semaines puis faire autre chose de sa vie. Un an plus tard, elle est encore là. En 8 missions, elle a streeté dans 6 villes différentes, a rencontré des milliers de passants et a toujours la bougeotte. Une vraie pile électrique qui fait entre 12 et 15km par jour (application sur ton téléphone à l’appui) et qui n’est pas prête de s’arrêter là !

1) Comment es-tu arrivée chez Cause à Effet ?

J’ai arrêté l’école après mon BEP-CAP en Secrétariat. J’ai travaillé dans des grands cabinets d’avocats avant de rejoindre le secteur associatif (la Confédération de Défense des Commerçants et Artisans puis Emmaüs).

Au moment où j’ai rejoint Cauzaf en 2017, j’avais quitté mon dernier boulot, je prenais du temps pour moi. Je suis tombée un peu par hasard sur une annonce sur Le Bon Coin pour l’association AIDES à Montpellier.

J’avais déjà vu des équipes dans la rue mais ça ne m’avait jamais parlé plus que ça. Là, c’est vraiment l’asso qui m’a donnée envie. J’étais ado dans les années 80, je fais donc partie de la Génération SIDA, celle qui s’est pris cette maladie en pleine face… A l’époque, ça nous faisait vraiment flipper…

Donc voilà j’ai postulé et j’ai été retenue. Mais je ne m’y attendais vraiment pas. J’ai longtemps travaillé derrière un ordinateur, j’ai pas 20 ans, je me disais « pourquoi il me prendrait ? ». Surtout que j’étais arrivée en retard à mon rendez-vous et que le RM (Responsable de Missions) m’avait dit qu’il m’appellerait avant 18h si j’étais retenue… et évidemment il m’a appelée bien après ! (rires).

2) Raconte-nous ta 1ère mission.

C’était excitant et flippant en même temps !

J’avais pas mal d’appréhension : « est-ce que je vais y arriver » ? mais j’étais aussi super contente. J’allais soutenir une association qui me tient à cœur, parler à des gens, découvrir quelque chose.

Par contre, je ne m’attendais pas à autant d’indifférence. Dans la Rue de la Loge (à Montpellier), le flux est assez intense. Tu dis bonjour à des gens, ils ne te regardent même pas… au début, tu penses qu’ils ne t’ont pas entendue, alors tu répètes ton bonjour, tu parles un peu plus fort. Mais non, c’est juste qu’ils n’ont pas envie de te répondre !

Du coup, quand enfin, tu arrêtes quelqu’un, faut avoir suffisamment d’énergie pour lui donner envie de soutenir l’association. Et tant que tu n’as pas trouvé ton premier donateur, tu penses que tu n’y arriveras jamais.

Et quand, ça y est, tu débloques, et qu’en plus les gens repartent avec le smile et te remercient pour ce que tu fais, là tu te dis que c’est cool ce boulot !

 

3) Tu en es à ta 8ème mission, qu’est-ce qui te donne envie de te lever tous les matins ?

J’aime bien me challenger, me prouver que je suis capable. J’aime parler avec les gens, voir le smile que je peux donner. Et puis tu te lèves pour une cause qui te paraît importante, et pas pour faire plaisir à quelqu’un qui te met la pression au quotidien.

Et il y a les rencontres, avec tes collègues et avec les passants. Des rencontres que tu n’aurais jamais faites sinon. Ta journée ne va jamais être la même. Et pour moi qui n’aime pas la routine, ça tombe bienJ

Je sais que j’ai arrêté des gens qui ne s’arrêtaient jamais dans la rue. Si j’ai pu leur permettre de changer la vision qu’ils avaient de ce métier, tant mieux !
Ce que j’aime surtout, c’est que ce boulot, c’est toi avec toi. A la fin de la journée, ton résultat c’est toi qui l’as obtenu. T’es face à toi-même.

 

4) Comment tu gères l’échec, les frustrations, la fatigue, l’indifférence des gens ?

Ça dépend des jours. Mais aujourd’hui, je gère beaucoup mieux la frustration qu’au début. La rue t’apprend que si les gens ne veulent pas s’arrêter ce n’est pas toujours parce qu’ils n’en ont pas envie, c’est qu’ils sont aussi dans leur vie, dans leurs problèmes. Tu deviens plus conciliante et plus bienveillante.

Après, oui, quand ça fait 2 heures que t’arrives à arrêter personne, c’est dur. T’as besoin de souffler, de te recentrer, d’aller voir ton Responsable d’Equipe ou de faire un check avec tes collègues. Juste de voir dans leurs yeux qu’ils comprennent ce que tu vis, ça fait du bien.

Des fois tu te demandes « pourquoi je suis là ? » C’est parfois difficile de mettre ses problèmes persos de côté et de ne pas les retranscrire en rue. Tu peux vite tomber dans un cercle vicieux. Mais tout est affaire de conditionnement. Parfois, 10 minutes après une mauvaise passe, tu sais exactement pourquoi t’es encore là, t’es complètement reboostée. Heureusement qu’il y a des gens qui te réconcilient régulièrement avec la nature humaine.

Ce taf te permet de voir à quel point tu peux être résistant !

5) Tu as travaillé dans différentes villes de France, laquelle tu as préféré ?

J’ai adoré Besançon ! Les gens sont super gentils. Même s’ils ne s’arrêtent pas, ils prennent le temps de s’en excuser et de te dire pourquoi… d’ailleurs ils vont tous chez le dentiste (rires). Et t’en as qui te ramènent un thé chaud ou des churros, c’est vraiment adorable !

 

6) Tu as fait partie de l’équipe qui a enfin pu retourner travailler à Montpellier cet été. Ça avait une saveur particulière ?

Oui, c’était vraiment chouette. Déjà, j’étais de retour chez moi et ça, ça fait du bien. Et puis de revenir dans une ville où il n’y avait plus eu de missions depuis plusieurs mois, c’était important pour tout le monde. Comme partout, mais encore plus là, on avait envie de montrer aux commerçants et aux mairies qu’on apporte quelque chose de positif !
Le maître mot est toujours de donner une belle image de notre métier. Et je pense qu’on a réussi à le faire à chaque fois.

 

7) Etre RDE (Recruteur de Donateurs Expérimenté), ça veut dire quoi pour toi ?

Je suis fière d’avoir atteint ce statut parce que je m’en suis donnée les moyens. C’est ma réussite. Et c’est aussi une reconnaissance de ton employeur.
Le plus difficile c’est de le garder. Je ne veux pas décevoir la confiance qu’on m’a donnée. Et je veux continuer à faire preuve d’exemplarité vis-à-vis de mes collègues.

 

8) Qu’est-ce que t’a apporté chacun des RE (Responsables d’Equipe) avec lesquels tu as travaillé ?

Un RE, c’est un pilier pour partager les bons et les mauvais moments. C’est celui qui te donne les clés pour gérer le stress et la frustration.

L’un de mes RE m’a vraiment fait prendre conscience que le plus important c’est d’aller chercher des rencontres plus que des donateurs. Merci encore à lui car ça m’a permis de faire un grand pas dans mon travail. Si moi j’ai des étoiles dans les yeux, je ferai des belles rencontres, et peu importe si en face la personne n’a pas envie de donner, l’important c’est que moi je garde cette envie.

 

9) Et tes collègues ?

Le plus important pour moi, c’est qu’on aille tous dans la même direction. Des fois, je regarde mes collègues travailler et je trouve ça trop beau ! J’arrive à ressentir ce qui est en train de se passer. On se comprend dans les bons et les mauvais moments. On n’a parfois pas besoin de se parler, un regard et tout est dit !

Il y a beaucoup de bienveillance dans les équipes. Je n’ai par exemple jamais ressenti un fossé de générations. Mes collègues plus jeunes ne voient pas mon âge, je suis juste une Recruteuse comme eux. Il faut dire aussi que je suis aussi folle que les autres (rires).

Etre avec des jeunes, c’est très enrichissant, quand j’ai besoin d’énergie, ils en ont toujours à me donner ! Et quand eux ont besoin d’un peu de cocooning ou de réconfort, ils savent qu’ils peuvent compter sur moi.

 

10) Qu’est-ce que ce métier t’as appris ? Sur toi, sur les autres ?

Quand j’ai commencé, je pensais que les gens qui soutenaient c’étaient forcément les gens qui avaient beaucoup de moyens financiers. Et finalement, je m’aperçois que bien souvent, ce sont surtout ceux qui sont ouverts aux autres et qui se donnent les moyens de les avoir. L’expression « l’habit ne fait pas le moine » prend vraiment tout son sens !

Ça m’émeut à chaque fois.

Ce que ça m’a appris sur moi ? J’ai moins peur de parler quand il y a du monde, de prendre la parole en public.

 

11) Ta plus belle rencontre ?

C’était à Besançon. Je bossais sur un trottoir et à l’angle, je remarque une voiture arrêtée en train de klaxonner. Au bout d’un moment, je vais voir. Là, une dame de 80 ans me dit « Vous êtes la Croix-Rouge ? Montez, je veux faire un don ». Bon, je pensais qu’elle allait vouloir faire un don ponctuel donc je n’y croyais pas trop. Je fais mon argu et quand je lui explique que c’est par prélèvement mensuel, elle me répond « et ben c’est encore mieux, comme ça, je n’ai à m’occuper de rien ! ».

Comme quoi, il ne faut jamais avoir d’a priori dans ce métier. Tu peux toujours avoir de belles surprises !

 

12) Un dernier mot ?

Il faut y croire, tout est possible !

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